Grand Tintamarre ! A la découverte de l’Acadie

Grand Tintamarre comptines acadiennes

Grand Tintamarre! c’est un recueil de chansons et comptines venu tout droit d’Acadie, une région du Canada où musique et francophonie sont synonymes de revendication culturelle. Une belle découverte avec les explications de Roland Stringer, de la maison d’édition La Montagne Secrète, qui a bien voulu nous en dire un peu plus sur la genèse de l’album, ainsi que sur la passionnante identité culturelle acadienne.

Le Grand Tintamarre est une tradition acadienne. Lors de la fête nationale, les acadiens descendent dans la rue et font le plus de bruit possible afin de rappeler aux autres leur présence. Quelque chose de l’ordre de la revendication culturelle… Grand Tintamarre ! c’est aussi le recueil, par la maison d’édition La Montagne Secrète, de chansons et comptines traditionnelles de ce territoire regroupant 4 provinces de l’est canadien. Avec son histoire mouvementée faite de colonisation, d’exodes et de retours, l’océanique Acadie a tout pour intriguer.

Dans l’album on retrouve dans la sélection de grands classiques de la chanson française, ainsi la très belle version de A la claire fontaine.  Et on découvre bien-sûr de petits bijoux comme Le Pommier Doux ou Le Petit Cordonnier, à faire chanter aux enfants pour leur rythme et leur sonorité. Il y a aussi que La vie est plate (ennuyeuse) comme une tomate… c’est drôle mais on a bien du mal à y croire !

Pour comprendre un peu mieux le travail effectué sur l’album, et l’Acadie en général, Roland Stringer, directeur artistique de l’album, a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à mes questions.


photo Roland StringerLes provinces acadiennes ne sont pas complètement francophones et les comptines présentées sont toutes en français, pourquoi ce choix ?

D’abord, il faut souligner que les Acadiens habitent surtout les provinces maritimes canadiennes – la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve et le Nouveau-Brunswick. Les premiers colons de la Nouvelle-France étaient présents dans ce territoire bien avant de fonder la ville de Québec au bord du fleuve St-Laurent, à l’intérieur du pays.  En l’occurrence, le début de « la francophonie » en Amérique-du-Nord, c’est l’Acadie! Par la suite, il faut savoir qu’il y a eu la grande déportation des Acadiens en 1755 qui demeure très présente dans le psyché des Acadiens… plusieurs se retrouveront en France, en Nouvelle-Angleterre ou en Louisiane avant de revenir par la suite habiter le territoire original (les provinces maritimes) dans un contexte bien différent où ils deviennent minoritaires sur le plan linguistique. Somme toute, ce va-et-vient fera place à une identité distincte marquée par un passé tumultueux.  La résistance est au cœur de l’identité acadienne, et avec notre album, nous voulions en quelque sorte rendre hommage à l’esprit de solidarité qui caractérise cette communauté. Il était donc naturel de choisir des chansons et comptines en français, parsemé ici et là d’anglicismes, car c’est un reflet de la langue telle qu’elle est parlée aujourd’hui en Acadie.

Quelle est la place de la musique en Acadie ?

Évidemment, la musique occupe une place importante chez les Acadiens. C’est souvent le cas lorsqu’une communauté évolue dans un contexte politique où l’identité culturelle est menacée, que cela soit en Acadie, en Bretagne ou encore au pays Basque.

Certaines chansons, comme A la claire fontaine, font partie des plus connues du répertoire français. Est-ce que ce sont aussi les plus connues en Acadie ?  Comment les avez-vous choisies ?

grand tintamarreDans notre choix, il y a de tout, et c’est voulu. Il y a des chansons très connues en France, au Québec et ailleurs, qui ont eu leur propre vie en Acadie.   Pendant longtemps, chaque village avait sa façon de chanter une chanson – il n’y avait pas une version acadienne mais des centaines!  Dans la prison de Nantes devenait Dans la prison de Londres chez les voisins à quelques kilomètres. C’est avec la radio et la percée de certains chanteurs acadiens dans les années 60 et 70 qu’une certaine version devient la plus connue, disons officielle. Le pommier doux popularisée par Édith Butler en est un bon exemple.  Dans nos recherches nous avons repéré des versions proposant des textes très différents de la version que connaissent aujourd’hui la plupart des Acadiens.

Ces chansons témoignent des liens entre l’Acadie et le vieux continent…

Nous avons aussi voulu montrer comment une chanson voyage dans le temps et l’espace, comment elle est adoptée par une communauté lointaine, comment elle peut être perdue et retrouvée.  Bref, une chanson n’appartient à personne, mais à tous!  Beaucoup de gens à Montréal vous diront qu’Au chant de l’alouette, c’est québécois!   J’imagine que les Français répondront que Partons la mer est belle a été écrite en France, que c’est bien une chanson française ! Ils ont raison, mais à notre avis, cela ne nous empêche pas de dire qu’elles sont aussi acadiennes, qu’elles ont connu une autre vie au bord de l’Atlantique en Amérique-du-Nord.

Ajoutons qu’il y a aussi dans notre choix certaines chansons peu connues, oubliées, telles La grand’truie ou Un jour je m’en vais au marché.  Nous voulions effectivement transmettre ces petits bijoux qui correspondent à une époque maintenant lointaine (rurale) où on a l’impression que la famille se rassemblait chaque soir dans la cuisine pour chanter ensemble.  Par ailleurs, Lisa LeBlanc interprète Quelle étoile, une chanson très connue en Louisiane, un clin d’œil aux cousins acadiens dispersés aujourd’hui à travers le continent nord-américain.

Quelles sont les 3 chansons les plus incontournables chez les enfants acadiens?

Sans doute celles qui ont une vie à la radio : Dans la prison de Nantes, Au chant de l’alouette et Le pommier doux. Partons la mer est belle et À la claire fontaine sont des classiques à travers le continent nord-américain.

A la claire fontaine est différente de la version française qu’on a l’habitude d’entendre, notamment la mélodie. Quelle est son histoire ?

On m’a déjà dit qu’il y a plus de mille arrangements de cette chanson déclarée à la Société des auteurs canadiens. Pour notre version, nous nous sommes inspirés d’un enregistrement qui remonte aux années 1970 d’une vieille dame de Terre-Neuve. Encore une fois, c’est un exemple d’une chanson qui aura eu toute une autre vie dans un petit coin du monde peu connu. Nous savions que cette mélodie allait surprendre les gens.

Est-ce que les chansons viennent de tout le territoire d’Acadie, ou est-ce qu’il y a une province plus riche que les autres dans ce domaine ?

La majorité des Acadiens habitent le nord du Nouveau-Brunswick. Et la plupart des chansons et comptines viennent de cette région. Nous avons toutefois tenu à en choisir des 3 autres provinces. Les artistes interprètes sont tous acadiens, et proviennent aussi des différentes régions.

Enfin, concernant l’orchestration et le choix des instruments, on a un mélange de sonorités « traditionnelles » (ou comme je m’imagine la tradition) et d’autres plus « lointaines » ou modernes, avec la guitare électrique, la kora, etc. Comment avez-vous fait ces choix, quelle couleur musicale recherchiez-vous ?

À La Montagne secrète, nous ne sommes pas ethnomusicologues.  Nous nous inspirons du passé pour créer dans le présent.  Sans quoi, nous aurions simplement préparer une compilation d’enregistrements existants. Nos productions rassemblent des musiciens actifs aujourd’hui qui arrivent avec leur propre bagage, qui ont une expérience musicale métissée. Nous les accueillons à bras ouverts et les encourageons à créer en studio. Une guitare hawaïenne pour accompagner Partons la mer est belle, pourquoi pas? Pour le réalisateur Benoît Morier, c’est l’instrument qui évoquait le mieux à ses yeux l’incertitude des pêcheurs qui quittent leur île tôt le matin pour aller à la pêche !

Grand Tintamarre! Chansons et comptines acadiennes – éditions La Montagne Secrète – direction artistique Roland Stringer – illustrations Mathilde Cinq-Mars
Les informations culturelles sur l’Acadie en intro sont tirées de Wikipédia !
 
Ce contenu a été publié dans ALBUMS, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Grand Tintamarre ! A la découverte de l’Acadie

  1. charlie dit :

    Bravo tante Julia pour cette interview !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *